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Psychologie

Comprendre les cinq grands traits de la personnalité

Par le Big Five : d'où il vient, ce qu'il mesure, ce qu'il prédit… et ce qu'il ne dit pas.

23 octobre 20268 min de lecture

Depuis près d'un siècle, la psychologie cherche à décrire les différences de chaque individu de façon rigoureuse.

Son modèle le plus solide tient en cinq lettres : OCEAN, pour Ouverture, Conscience, Extraversion, Agréabilité et Névrosisme.

On l'appelle le Big Five, ou modèle des cinq grands facteurs.

Voici d'où il vient, ce qu'il mesure, ce qu'il prédit et ce qu'il ne dit pas !

D'où vient le Big Five ?

Le Big Five n'a pas été imaginé par un théoricien : il est sorti des mots que nous utilisons pour décrire les autres.

C'est l'hypothèse lexicale : si une différence entre les personnes compte vraiment, la langue a forcément créé des mots pour la nommer.

« Big » ne signifie pas que ces traits sont plus importants que d'autres mais indique qu'ils sont très larges : chacun regroupe des tendances plus fines, appelées facettes.

Les cinq traits, un par un

Chaque trait est un continuum : on n'est pas « extraverti » ou « introverti », on se situe quelque part entre deux pôles.

La plupart des gens se trouvent près du milieu de chaque échelle.

Score faibleScore élevé
Ouverture
Préfère le familier et le concretCurieux, imaginatif, aime la nouveauté
Conscience
Spontané, flexible, peu organiséOrganisé, fiable, persévérant
Extraversion
Réservé, se ressource au calmeSociable, énergique, affirmé
Agréabilité
Direct, sceptique, compétitifCoopératif, confiant, altruiste
Névrosisme
Calme, stable, récupère viteInquiet, réactif, sensible au stress
Zone colorée : là où se situe la majorité des gens sur le NEO-PI-R de Costa et McCrae.

Un score « élevé » ou « faible » se lit toujours par rapport à une population de référence, jamais dans l'absolu.

O — Ouverture à l'expérience

L'ouverture décrit la curiosité intellectuelle, l'imagination et le goût pour la nouveauté. C'est le trait le plus lié à la créativité.

C — Conscience

La conscience (ou caractère consciencieux) décrit l'organisation, la persévérance et la capacité à se discipliner pour atteindre un but.

E — Extraversion

L'extraversion décrit l'orientation vers le monde extérieur : sociabilité, affirmation de soi, énergie et émotions positives.

L'introversion n'est pas de la timidité : la peur du jugement relève plutôt du névrosisme.

A — Agréabilité

L'agréabilité (ou amabilité) décrit la manière d'être en relation avec les autres : confiance, altruisme, coopération.

N — Névrosisme

Le névrosisme décrit la tendance à ressentir des émotions négatives : anxiété, colère, tristesse, sensibilité au stress. Son pôle opposé est la stabilité émotionnelle.

Malgré son nom, le névrosisme n'est pas une maladie : c'est un trait présent chez tout le monde, à des degrés divers ; on peut parler de stabilité émotionnelle.

Ce que dit la recherche

Le Big Five s'est imposé parce qu'il est mesurable, en partie héréditaire, assez stable dans le temps, et qu'il prédit des aspects importants de la vie.

Une part de gènes, une part d'expérience

Les études de jumeaux attribuent environ 40 % des différences de personnalité à la génétique (Vukasović et Bratko, 2015).

Le reste vient surtout d'expériences propres à chacun : amis, événements, rôles, plus que de l'éducation partagée par des frères et sœurs.

Héréditaire ne veut pas dire figé : les gènes donnent une pente, pas un destin.

Stable, mais pas figé

La personnalité se stabilise avec l'âge mais elle continue pourtant d'évoluer.

C'est le principe de maturité : en moyenne, on devient plus consciencieux, plus agréable et plus stable émotionnellement en vieillissant, surtout entre 20 et 40 ans (Roberts, Walton et Viechtbauer, 2006).

Une synthèse de 207 études montre aussi que les psychothérapies s'accompagnent de changements mesurables, surtout en stabilité émotionnelle (Roberts et al., 2017).

Ce que les traits prédisent

Les effets restent toutefois modestes à l'échelle d'une personne : ce sont des tendances statistiques, pas des prédictions individuelles.

Des différences moyennes existent entre femmes et hommes : les femmes obtiennent en moyenne des scores un peu plus élevés en névrosisme et en agréabilité.

Big Five ou MBTI : quelle différence ?

Le MBTI range les gens dans 16 types ; le Big Five les situe sur cinq échelles continues. C'est ce choix qui fait sa solidité scientifique.

CritèresBig FiveMBTI
OrigineAnalyse statistique du langageThéorie de Jung, adaptée par K. Briggs et I. Briggs Myers (1940)
Résultat5 scores sur un continuum4 lettres, 16 types
Stabilité du résultatÉlevée d'un test à l'autreJusqu'à 1 personne sur 2 change de type en quelques semaines (Pittenger, 2005)
Émotions négativesMesurées (névrosisme)Absentes
Place en rechercheCadre de référenceMarginale

Les quatre dimensions du MBTI recoupent en réalité quatre traits du Big Five : introversion-extraversion, intuition-sensation (ouverture), pensée-sentiment (agréabilité), jugement-perception (conscience) (McCrae et Costa, 1989).

Le problème vient du découpage : un score juste au-dessus ou juste au-dessous du milieu suffit à changer de type. Or c'est précisément là que se trouvent la plupart des gens.

Limites et critiques

Le Big Five décrit très bien les différences de personnalité, mais il les explique peu et ne dit pas tout d'une personne.

Comment s'en servir au quotidien

Bien utilisé, le Big Five aide à se comprendre et à comprendre les autres, pas à se ranger dans une case.

Passer un test sérieux

Privilégiez des questionnaires validés : le BFI (44 questions), validé en français sous le nom BFI-Fr, sa version récente BFI-2 (60 questions), ou les items libres de droits de l'IPIP. Le NEO-PI-R reste réservé aux professionnels. Méfiez-vous des tests sans auteur ni source : un score n'a de sens que comparé à une population de référence.

Conclusion

Le Big Five ne dit pas qui vous êtes : il dit comment vous avez tendance à réagir, comparé aux autres. C'est un langage commun, solide et mesurable, pour parler de ce qui nous distingue.

À condition de se rappeler qu'un trait est une pente et non un destin, il aide à mieux se connaître. Et, souvent, à regarder les autres avec un peu plus de compréhension.

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